VINCENT ROCA

Coups de coeur

 

À la croisée des mots qui suivent,
des images, des envolées
des coups de coeurs, des coups de gueule,
des citations, des allusions,
des engouements, 
de furtifs coups de chapeau
ou de plantureuses admirations,
il y a comme l'embryon de l’ébauche d’une tentative d'autoportrait.
En creux.



Photo : Duck Soup, Marx brothers - 1933

Wally

Le projet Derli
En 2018, Wally chanteur qui fait d'ordinaire dans l'humour et les chansons courtes s'autorise un petit pas de côté avec "Le Projet Derli ". Accompagné de cinq musiciens sur scène, cette aventure fait la part belle à des chansons (longues...) où le sourire l'emporte sur le rire, où l'humeur prend le pas sur l'humour, où la musicalité tient une place primordiale.

 



Avec Marie Tournemouly (violoncelle), Pierre Tibo (percussion), Franck Duhamel (contrebasse), Thomas Mazelier (violon), Nicolas Lescombe (clarinette), Lilian Derruau (guitare) - Compositions : Lilian Derruau (Wally) - Arrangements : Nicolas Lescombe - Prise de son : Pascal Roux - Lumière : Xavier Lefrançois.

Le bijou à Toulouse : 13 et 14 décembre
La baie des Singes à Cournon d'Auvergne : 9 février 2018
Les Bains douches à Lignières : 10 février
Le Train Théâtre à Porte les Valence : 1er mars
...


Le projet Derli


Quarante ans - Wally / Lionel Suarez
Paroles et musique : Lilian Derruau
enregistré par Pascal Roux à Montfort en Chalosse, mars 2014 (Festival Chantons sous les pins)


Quarante-ans-Wally



Photo : Jane Brown


Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme

Publié le 7 juin 1950 aux éditions Réclame

.../... l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes. .../...


Lire le discours intégral :

Discours-sur-le-colonialisme-Aimé Césaire.pdf


Lettre de démission d'Aimé Césaire du PCF - 1956
Lettre à Maurice Thorez.pdf

 Photo : Assemblée nationale



Anne Sylvestre : entre deux chansons...


Non, non, tu n'as pas de nom - 1973

Non non tu n'as pas de nom
Non tu n'as pas d'existence
Tu n'es que ce qu'on en pense
Non non tu n'as pas de nom


Oh non tu n'est pas un être
Tu le deviendras peut-être
Si je te donnais asile
Si c'était moins difficile

S'il me suffisait d'attendre
De voit mon ventre se tendre
Si ce n'était pas un piège
Ou quelque douteu sortilège

.../...




Anne Sylvestre - Olympia 1998

Berceuse de Bagdad - 2003

Mon petit, le monde brûle
Et dans ta vie minuscule
Tu te croyais à l'abri
Tu ne l'es plus aujourd'hui
Pardon de t'avoir fait naître
Mais je voulais te connaître
Avant la foudre et le feu
Est-ce donc que d'être deux
Nous rendra moins vulnérables
Sous le déluge implacable ?
Nous pourrons nous tenir chaud
Quand la mort viendra d'en haut

Tu bois la peur avec mon lait
J'aurais voulu, mon agnelet,
Te donner des prairies
Pour qu'un jour tu souries


.../...





Texte complet des deux chansons + "Anne Sylvestre, Sorcière comme les autres..."
Interview recueillie par Cécile Prévost-Thomas et Hyacinthe Ravet - 2010

Anne-Sylvestre.pdf

Photo : Anne-Marie Panigada - 2007




Anouk Aimée
 - photo de Émile Savitry sur le tournage de La fleur de l'âge de Marcel Carné (inachevé) Belle-Île 1947

Elle s’appelle Françoise Dreyfus. Elle choisit de prendre pour pseudonyme le prénom de son premier personnage, Anouk. Jacques Prévert lui suggère d'ajouter le nom d'Aimée. En 65, sur une idée de Claude Lelouch, Anouk Aimée prend le train Deauville/Paris. Moi j’embarque à Deauville dans une vieille Ford Mustang conduite par Jean-Louis Trintignant, le moteur fait un drôle de bruit : chabada bada…  Nous voulons arriver à Paris avant elle, et lui faire la surprise de l’attendre sur le quai de la gare.

24 images d’Anouk Aimée par seconde à quinze ans, ça vous grille la rétine à jamais. 

 Cinéma (extrait de Sur le fil dérisoire)





Photo : Andersen / Solo


Victor Hugo : la chasse du Burgrave

Ballade onzième, tirée de Odes et ballades - 1828

« Daigne protéger notre chasse,
Châsse

De monseigneur saint Godefroi
Roi !


Si tu fais ce que je désire
Sire,
Nous t’édifierons un tombeau
Beau

Puis je te donne un cor d’ivoire ;
Voire
Un dais neuf à pans de velours
Lourds,

Avec dix chandelles de cire,
Sire !
Donc te prions à deux genoux,
Nous,

Nous qui, né de bons gentilshommes
Sommes
Le seigneur burgrave Alexis
Six ! »

.../...

Texte complet :

La chasse du Burgrave.pdf


Autres curisoités hugoliennes...

Les Djinns.pdf
Le pas d'armes du roi Jean.pdf


Hugo défend le budget de la Culture
Discours à l'Assemblée Nationale, 10 novembre 1848

Hugo sur la Culture.pdf








Donald Robert Perry Marquis - Humoriste, journaliste, auteur américain - 1878/1937


Alain Guyard - Philosophe forain

« Y’a des gens, ils s’imaginent, c’est ça qui est vachement important, les gens ils se disent : Ouais la philo c’est vachement cool, c’est bien de faire de la philosophie parce que grâce à ça tu résous tous les problèmes ! » De la merde ! C’est pas vrai ! La philosophie ça sert pas à résoudre les problèmes, la philosophie ça sert à compliquer les problèmes. Si vous rentrez dans la philosophie, vous aller en chier des ronds de chapeaux, ma parole, hein ? C’est des oursins que vous allez trouver au fond de votre froc, j’aime autant vous le dire, hein ? Moi, mon objectif, c’est surtout pas clarifier les choses. C’est vraiment foutre la merde. J’adore ça. »


Avignon 2017 : 
Maison IV de chiffre
(26 rue des Teinturiers)
à 12h30 jusqu'au 30 juillet



Philo Foraine
Performances philosophiques
Voir le document accompagnant la performance "Sagesse, ivresse et paire de fesses" :
Sagesse, ivresse et paire de fesses.pdf
Autres titres (Avignon 2015) :
Titres-7-performances-philo.pdf

Le film : 



Interview Guyard 8 oct 2016.pdf




Master class de philosophie sur le plaisir 1

Voir les master class 2 et 3 :
Le plaisir 2

Le plaisir 3


Sortie de zonzon
Sortie-de-Zonzon-Alain-Guyard.pdf


Le site d'Alain Guyard :
Diogeneconsultants.com


Photo : Caroline Chevalier - Télérama







Autoportrait

Jehan et Lionel Suarez : Leprest, pacifiste inconnu

Extraits du spectacle : captation Auditorium de St Pierre des Cuisines
Toulouse - 28 janvier 2016 (Réalisation Gérald Fleury)





Je ne te salue pas - Interprète : Jehan / Lionel Suarez
Paroles : Allain Leprest / Musique : Romain Didier

extrait de l'album "Leprest, Pacifiste Inconnu" - sortie Janvier 2016




Textes des chansons de l'album "Leprest, Pacifiste inconnu" :
Album Leprest - JeHaN Suarez

Pacifisteinconnu.com




Lire l'article de François Truffaut "Lubitsch était un prince"
Cahiers du Cinéma n° 198 - février 1968 :
Lubitsch-F.Truffaut

Dominique Desmons : l'hilarité céleste
extrait de l'opérette "Là-haut" de Yves Mirande et Gustave Quinson, lyrics d'Albert Willemetz, musique de Maurice Yvain.

tiré du spectacle "Nouvelles chansons loufoques" par Dominique Desmons et Clémentine au forum Leo Ferré d'Ivry-sur-Seine le 13 novembre 2016




Photo : David E. Scherman - 01/09/1946


Benjamin Fondane
Préface en prose

Texte de Benjamin Fondane extrait de l'Exode - 1942 -

C'est à vous que je parle, hommes des antipodes
je parle d'homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de l'homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il puisse-t-il
ne pas crier vengeance !
L'hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage -
il reste peu d'intelligibles !

Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort
aura parchevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d'orties sous vos pieds,
- alors, eh bien, sachez que j'avais un viage
comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

.../...

Lire la suite :
 Fondane.pdf


benjaminfondane.org






Dessin de Felix Vallation - 1898 -

Michèle Bernard
Nouvel album : "Tout' manières" Paroles, musique, accordéon et chant, Michèle Bernard 
Arrangements : Pascal Berne / Choeurs : Évasion / avec Anne Sylvestre, Suzy Firth




Je clique



Le site de Michèle :
michelebernard.net

Photo : Chantal Bou-Hanna





Dessin de Stéphane Trapier

Black narcissus, film de Michael Powell et Emeric Pressburger - 1947
Avec Deborah Kerr, Kathleen Byron, David Farrar, Jean Simmons
Oscars 1948 : oscar de la meilleure photographie pour Jack Cardiff
                     oscar de la meilleure direction artistique pour Alfred Junge




Présentation.pdf

Analyse critique :
Analyse-critique-Narcisse-noir.pdf




Saisissant matte-painting du directeur artistique Alfred Junge (à gauche : le décor réél, à droite le résultat dans le film)


Photo de gauche : Kathleen Byron






Photo : Gaston Bergeret


Denis Brihat - Trois cerisiers au printemps 1984 50x60 cm

 
Voir deux films de Pierre-Jean Amar sur Denis Brihat :
"Je suis devenu photographe en photographiant"
"On ne fait jamais que son autoportrait"


et le site du photographe :

denisbrihat.com





Autoportrait 1947

Pierre Dac : bagatelle pour un tombeau
10 mai 1944: au micro de Radio-Paris, Philippe Henriot (que les allemands appelaient le Goebbels français), éditorialiste au service de la propagande de Vichy, attaque Pierre Dac en évoquant ses origines juives et en rappelant qu'il s'appelle en réalité André Isaac et qu'il est le fils de Salomon et de Berthe Kahn...


Le lendemain, Pierre Dac lui répond au micro...


Pierre Dac cloue le bec au propagandiste de Vichy

 

Bagatelle pour un tombeau






Charles Denner - La vie à l'envers
Film de Alain Jessua - 1964




Compartiment tueurs
Film de Costa-Gavras - 1965
avec Yves Montand et Pierre Mondy, dialogue : Sébastien Japrisot




Lire le très beau livre de Nathalie Rheims "L'un pour l'autre" - Gallimard 1999 (Folio n° 3491)

Portrait de Charles Denner par Charles Matton
vers 1951-1956



Judy Holliday - Born yesterday - Film de George Cukor - 1950

(Titre français : Comment l'esprit vient aux femmes) Avec William Holden et Broderick Crawford. Pour ce rôle, Judy Holliday fut couronnée en 1951 de l'Oscar de la meilleure actrice (elle était en concurrence cette année-là avec Gloria Swanson pour Sunset Blvd, Bette Davis et Ann Baxter pour All about Eve) 
Judy Hollyday créa le rôle de la pièce de Garson Kanin en 1946 à Broadway et reprit le rôle pour le film de Cukor. Il faut la voir jouer le rôle d'une somptueuse fausse idiote, compagne d'un insupportable escroc prétentieux tentant de corrompre un député.


La partie de Gin Rummy... 


Judy Holliday et Marilyn Monroe (Ph : Howell Conant)

Sacha Guitry - Le roman d'un tricheur - 1936

Albert Cossery

"J'aimerais qu'après avoir lu un de mes livres, les gens n'aillent pas travailler le lendemain, qu'ils comprennent que l'ambition de vivre est suffisante,que nulle autre ambition ne vaut !" 

"Albert Cossery... C'est lui, vraiment, qui m'a converti à la philosophie... Je l'ai rencontré. Un électochoc. avant j'étais un couillonnet qui faisait des études de philo et voulait les conclure par une thèse. Comme s'il suffisait d'écrire un guide bleu sur l'Égypte pour savoir ce que ça fait de dormir dan sla Nécropole de Der el-Bahari, dans le temple aux cent vingt sphinx d'Hatchepsout, celle dont les Kas sont Puissants, Horus Femelle dont les Années Reverdissent, Première des Nobles Dames qui s'unit à Amon-Ra. Mais non... La philo c'est pareil.
C’est Albert Cossery, le Mendiant Pharaon qui m'a conduit à une vie philosophique. Ce type qui recevait des étudiantes dans les mausolées gigantesques du cimetière du Caire, ce type qui leur offrait le thé à l'ombre des immenses tombes aristocratiques et bavardait avec elle d'Henry Miller et d'Albert Camus qu'il avait bien connus, ce type en costume blanc aux yeux céruléens, ce type les recevait là comme dans son palais de marbre et de porphyre, ce type généreux les recevait au cimetière parce qu'il ne possédait... rien... Rien d'autre que sa nonchalance, et son amour de la vie et de la littérature…" 
Alain Guyard





Portrait : Aritz



Turak Théâtre

 

Une cArMEN en Turakie
Avec Michel Laubu, Marie-Pierre Pirson, Émili Hufnagel, Patrick Murys, Laurent Vichard

Écriture, mise en scène scénographie - Michel Laubu en complicité avec Émili Hufnagel / Bande son (d'après l’œuvre de Georges Bizet) et réalisation vidéo - Laurent Vichard

Création au Bâteau Feu à Dunkerque le 5 novembre 2015

Voir les dates sur le blog du Turak :

Turak Théâtre






Appartement témoin
Captation de la première étape de création en 2009 à la Scène Nationale du Havre de l'exposition "Appartement Témoin" de la compagnie Turak





Le site du Turak-theatre

Fer, robinet, fourchette...



Dau & Catella dans "Sacco et Vanzetti"
écrit par Alain Guyard, mis en scène par François Bourcier.
Créé en juillet 2009 au Festival d'Avignon, au théâtre du Chêne noir.









Madame Raymonde

"Les bleux" chanson de Serge Gainsbourg - Au piano : Thierry Boulanger

Les Bleus Serge-Gainsbourg


Nouveau spectacle : Lady Raymonde
Mis en scène : Juliette, Accordéon : Sébastien Mesnil





"Je suis décadente" (Texte : Brigitte Fontaine Musique : Yvonne Schmitt)



Le site de Madame Raymonde


Madame Raymonde au Vingtième Théâtre par Franck Bortelle
Interview Denis d'Arcangelo par Marie-Céline Nivière


Photo : Philippe Matsas



Chloé Lacan
Nouveau spectacle : "Ménage à trois" 
avec Brice Perda et Nicolas Cloche


Voir les dates sur : 
www.chloelacan.fr




Jeanne Garraud


Madame femme
Paroles et musique : Jeanne Garraud - enregistré au Limonaire à Paris





La coiffeuse
Jeanne Garraud / Nicolas Jules France 3 Rhône-Alpes 2 octobre 2013



Irène
Jeanne Garraud 



 
Jeannegarraud.com

Photo : Thibaut Derien




Loïc Lantoine

avec François Pierron (contrebasse), Joseph Doherty, Eric "Fil" Philippon (guitare), Thomas Fiancette (batterie, percussions)





https://myspace.com/loiclantoine

Photo : Alain G.




Sarah Olivier et Stephen Harrison
Miss Croquette

Extrait du concert de Sarah Olivier en duo avec Stephen Harrison le 19 mars 2013 à la Maroquinerie (Paris) en première partie de Sanseverino





saraholivier.com

Photo : Doumé





Dessin de Cailleaux extrait de la BD "Piscine molitor" de Cailleaux et Bourhis chez Dupuis - 2009


Un livre de chevet : Le dictionnaire du diable - Ambrose Bierce - 1911
"À l'usage des esprits éclairés qui préfèrent les vins secs aux vins doux, le sens au sentiment, l'humour à l'humeur et un anglais correct à l'argot"


Extraits  (Éditions RivagesTraduction de Bernard Sallé) :

Aborigènes n.p. Personnes de moindre importance qui encombrent les paysages d'un pays nouvellement découvert. Ils cessent rapidement d'encombrer ; ils fertilisent le sol.

Adage n. Bouillie de sagesse  pour mauvaises dents.


Alliance n. En politique internationale, union de deux voleurs qui ont leurs mains si profondément enfoncées dans les poches l'un de l'autre qu'il leur est difficile de s'en prendre séparément à un troisième.

Antipathie n. Sentiment inspiré par l'ami d'un ami.

Bien-être n. État d'esprit produit par la contemplation des ennuis d'autrui.

Canon n. Instrument utilisé dans la rectification des frontières nationales.

Corsaire n. Politicien des mers.

Érudition n. Poussière tombant d'un livre dans un crâne vide.

Excuser (s') v. Poser les fondations d'une future offense.

Imagination n. Entrepôt d'idées, dont le poète et le menteur sont copropriétaires.

Immigrant n. Individu mal informé qui pense qu'un pays est meilleur qu'un autre.


Lycée n. 1/. École antique où l'on s'entretenait de morale et de philosophie. 2/. École moderne où l'on discute de football.

Patience n. Forme mineure  de désespoir, déguisée en vertu.

Patriotisme n. Matériau combustible susceptible de servir de torche à quiconque ambitionne d'illuminer son nom.

Poltron n. Personne qui, dans une situation périlleuse, pense avec ses jambes.

Présent n. Cette partie de l'éternité qui sépare les terres de la déception du royaume de l'espoir.

Religion n. Fille de l'Espoir et de la Crainte, qui enseigne à l'Ignorance la nature de l'Inconnaissable.

Respectabilité n. Fruit des amours entre un crâne dégarni et une bonne situation bancaire.

Ruse n. Ce qui tient lieu de cervelle aux imbéciles.

Saint n. Pécheur mort, revu et corrigé avant édition.

Surmenage n. Trouble grave qui affecte de hauts fonctionnaires publics quand ils veulent partir à la pêche.






Photo : Boris Lipnitzky

L'autofictif - Eric Chevillard

Éditions L'abre vengeur
Depuis 2009, chaque jour, aux alentours de zéro heure, Éric Chevillard publie sur son blog trois "petites écritures absolument libres de toute injonction". Chaque année, au mois de janvier, ces écritures sont rassemblées dans un livre.

Extraits :

La lumière est entrée dans la chambre noire où le photographe développait sa pellicule et elle lui a repris les visages et les paysages qu’il lui avait volés.

Les enfants malencontreusement conçus pendant le tournage d’un film pornographique naissent avec des courbatures.

Au sol, un petit tas d’os émiettés, une flaque de sang : le trapéziste a eu un trou de mémoire.

C’est bien parce qu’aucune mouche ne vole qu’on entendrait voler une mouche.

– Je verrai tout cela à tête reposée, disait-il souvent, mais quand la condition fut remplie, la première pelletée de terre l’aveugla complètement.

Selon l’us, le fœtus fait son os dans l’utérus puis s’en défausse dans l’humus de la fosse.

Comme il râlait tout le temps, il ne fut pas pris au sérieux quand son agonie commença pour de bon.

Le panda est en voie de disparition. C’est particulièrement flagrant sur fond noir et sur fond blanc.

Mensonge : la chapelle ardente est une chambre froide.

L’arbre qui te fournit le papier et le crayon sera absent de ton paysage. C’est pourquoi sans doute il donne aussi la gomme.

Certains crânes sont comme des œufs non fécondés ; ils sont pareils aux autres mais jamais une idée n’en pourra éclore.

Tu t'étones que ce vieil avare fréquente les prostituées - mais comment être plus près de ses sous ?

L'alcool nous fait voir deux o où il n’y en a qu’un.

L’automne avance. Le Petit Beurre floconne dans la verveine. Quand ce n’est plus la limace, c’est l’omelette qui bave sur le champignon.

À quoi peut-on bien jouer avec un soldat de plomb ? Il en est déjà farci !

L’unijambiste devra attendre d’être chauve pour remettre un x à genou.

Les Blancs ont tout découvert, en effet, il serait vain de le nier, précédés à chaque fois par un homme de couleur qui leur ouvrait la route à la machette.

Je ne me masturbe jamais le premier soir.


L’infirmière était nue sous sa blouse, hé hé, mais il était mort sous son drap.

Quant à cet autre Armstrong qui a carrément marché sur la lune, on ne me fera pas croire qu’il n’était pas dopé aussi.

Oh ! quelle souffrance ! quelle pitié ! Cette prose lourde, grumeleuse, encombrée, et qui ne prend pas : on dirait que chaque mot a raté son créneau dans la phrase !

Ah, le coup de foudre ! Puis il faut vite baisser la flamme pour cuire sans le brûler le rata quotidien du petit ménage.

C’est un has been et encore, on se demande bien when.

D’abord, il s’effaça galamment et puis tout de même enfin il entra dans la dame.

Il existerait une version raturée de Don Quichotte dans laquelle Rossinante est un zèbre.

Puis on découvre, quelques jours plus tard, suicidés sans la penderie, tous les vêtements du défunt.

On applaudit quand ça s’arrête.

Chose embêtante : si subversif voire explosif soit le contenu d’un livre, l’objet lui-­‐même est on ne peut mieux adapté à l’ordre moral ou policier de nos sociétés sous contrôle. Voyez comme il rentre dans le rang et comme la bibliothèque rase les murs.

C’était un perroquet surdoué, vraiment prodigieux. Vous prononciez une seule fois devant lui une phrase longue et complexe et tout de suite il répétait – j’allais le dire.

Mon contemporain n’a pas découvert le feu. Il n’a pas inventé la roue. Mais, synthétisant hardiment les travaux de ses pères, il aura été le premier à enflammer un pneu.

Ma voisine a appelé son chat Raoul, ce qui me paraissait carrément absurde et inapproprié jusqu’à ce qu’elle me présente ce matin son gros mari à bretelles : – Je crois que vous ne connaissez pas Minou ?

Il est entré dans un platane, puis dans un sapin.

L’éléphant fait pourtant moins de dégâts dans notre magasin de porcelaines que nous n’en faisons dans sa boutique d’ivoires.

Avant-­‐hier, je me trouvais au Prado, devant le Jardin des délices de Bosch. Comment l’information se répandit-­‐elle aussi vite, je l’ignore. Toujours est-­‐il que l’on se pressait autour de moi.

C’est donc parce qu’il n’a ni bu ni fumé jamais que ce centenaire a pu atteindre cet état de loque humaine.

Le troupeau de moutons, symbole du grégarisme hébété, étêté, stupide, se meut comme un seul homme.

Le ridicule ne tue pas. Mais la perpétuité est-elle vraiment préferable ?

Quand un comédien accepte avec simplicité et sans fausse coquetterie un rôle de quadragénaire, on peut être certains qu’il est âgé de 50 ans au moins.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les deux premiers tomes de sa trilogie pour ne pas lire non plus le troisième.

Tel individu est appelé dans le même journée Papounet, Mon canard et Monsieur le directeur.

Les familles ne se réunissent plus qu'aux enterrements, et encore, il manque toujours quelqu'un.

Et j’ai bien envie de dire à ceux qui choisissent d’écrire comme on parle qu’ils ne trahiraient point leur beau souci d’authenticité s’ils écrivaient plutôt comme on se tait. 

Implants, prothèses, puces, organes artificiels… vite mourir avant qu’il ne soit trop tard !

Il avait gravé ses mots dans le marbre mais le temps a tout effacé hormis cette inscription : la date de sa mort.


autofictif.blogspot
Entretien Chevillard Riendeau 2008
Entretien Chevillard Giroux fév 2013
De qui se moque-t-on ? (chroniques d'Éric Chevillard sur le site du théâtre du Rond-Point ventsconraires.net)

Pourquoi, entre autres, flirté-je avec Chevillard ?

Pour cette courte phrase extraite de son roman "L'auteur et moi" - Les éditions de Minuit - 2012 :

Le savoir-vivre est-il autre chose qu'un savoir-éviter ?


et pour ces autres phrases sur la timidité qui me renvoient à mon enfance (et pas que) :

Obéissant à un code impersonnel, l’individu abolit ses caractéristiques les plus saillantes. Il devient n’importe qui. C’est en somme comme s’il n’était pas là - et tel est le désir le plus constant de l’auteur : être ailleurs, loin d’ici. Que faire de l’hyper-présence de ces rustres qui jamais ne s’effacent ne ne rentrent seulement un peu le ventre ? La politesse est un jeu de cape et de passes qui permet d’esquiver le taureau, lequel est plus souvent un voisin volubile qu’un fauve noir au pelage fumant.

L'auteur et moi-Extraits.pdf







Photo : Napoléon Sarony - 1882

Gilbert Keith Chesterton
Écrivain anglais (1874-1936)

Les cambrioleurs respectent la propriété. Ils veulent juste que la propriété, en devenant la leur, soit plus parfaitement respectée. 
Thieves respect property. They merely wish the property to become their property that they may the more perfectly respect it. 

Un grand classique, c’est quelqu’un dont on peut faire l’éloge sans l’avoir lu.
 
Le journalisme consiste pour une large part à dire “Lord Jones est mort” à des gens qui n’ont jamais su que Lord Jones existait.
Journalism largely consists of saying 'Lord Jones is Dead' to people who never knew that Lord Jones was alive.
 
Non seulement nous sommes tous embarqués sur le même bateau mais nous avons tous le mal de mer.
Not only are we all in the same boat, but we are all seasick.
 
La soumission à un homme faible est discipline. La soumission à un homme fort est servilité.
 
La modestie est le meilleur appât pour aller à la pêche aux compliments.
 
Aucun animal n'a jamais inventé rien d'aussi navrant que d'être saoul, ni rien d'aussi épatant que de boire.
 
Curieusement, les poètes sont toujours restés silencieux sur le sujet du fromage.
The poets have been mysteriously silent on the subject of cheese.
 
La seule façon de ne pas rater un train est de manquer celui d'avant.
The only way to be sure of catching a train is to miss the one before it.
 

Ne soyez pas comme ces gens qui, invités à parler de l'océan, n'évoque que le mal de mer.
 
Si les anges volent, c'est parce qu'ils se prennent eux-mêmes a la légère.
Angels fly because they take themselves lightly.
 
Le voyageur voit ce qu'il voit, le touriste ce qu'il est venu voir.
The traveler sees what he sees, the tourist see what he has come to see.

Dessin : Simon Monroe




Sacha Guitry - Le diable boiteux - 1948


"J'ai vu la mort - et de bien près"
Extrait de "60 jours de prison" - Les Éditions de l'Élan - 19
Poème de Sacha Guitry.pdf



La solitude Extrait de la pièce "Un soir quand on est seul" - 1917


 


Louis Scutenaire
Écrivain et poète belge (1905-1987)

La solitude et la promiscuité sont les deux contraires les plus identiques du monde.

C'est étonnant combien les honnêtes gens ont une connaissance parfaite de la saloperie.

Je prends le monde tel que je suis.

Le trou du cul s'empare, modeste mais imbattable, du domaine de la bouche. Il absorbe remèdes et nourritures, on le farde, on y plante son thermomètre, il se prête agréablement aux jeux de l'amour. J'attends que, toutes langues raidies, il soit devenu le seul organe de la parole.

Nous sommes assis dans l'assiette de la mort.

La vie tue.

Je te m'aime

L'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire.

Il est des choses avec lesquelles on ne plaisante pas. Pas assez.

Tu n'apportes rien.
Mais si, j'apporte mes mains vides.

Estampe de Roland Delcol (Saint-Gilles, 1942)
Sacré mégot de mon ami Scut !




Photo : David Atlan


Interviews de Philippe Lançon après l'attentat de Charlie Hebdo :

Interviews Lançon.pdf



Allain Leprest

Allain Leprest a décidé de claquer la porte, le 15 août 2011. Diamantaire de la chanson, au cœur volcanique, à la voix torrentielle, de celles qui roulent, qui lavent et qui écument. Allain. Avec deux l, c’est le moins qu’on puisse dire !


Lire le très bel hommage de Fred Hidalgo :

Hommage-Leprest-par-Fred-Hidalgo.pdf


Mec 
- Interprète : Allain Leprest

Paroles : Allain Leprest
enregistré à L'Européen - 1998 - 



C'est peut-être - Interprète : Allain Leprest
Paroles : Allain Leprest

enregistré le 25 mars 2011 au Scarabée à La Verrière


La gitane - Interprète : Allain Leprest
Paroles : Allain Leprest / Musique : Richard Galliano - 1992

 La-Gitane.mp3
 La gitane.pdf


 

Sur les pointes - Interprète : Allain Leprest
Paroles : Allain Leprest / Musique : Romain Didier - 1994

 Sur les pointes
 Sur-les-pointes.pdf


 

Ton cul est rond comme une horloge - Interprète : Jehan
Paroles : Allain Leprest / Musique : Léo Nissim - Gilles Papiri
 Ton-Cul-Est-Rond.mp3
 Ton-cul-est-rond-comme-une-horloge.pdf


 
Mec - Interprète : Loïc Lantoine
Paroles : Allain Leprest / Musique : Julien Heurtebise
 Mec.mp3
 Mec.pdf


 
Tous les proverbes - Interprète : Jehan
Paroles : Allain Leprest et Loïc Lantoine / Musique : Jehan Cayrecastel
 JeHan-Tous-les-proverbes.mp3


 

Qu'a dit le feu qu'elle a dit l'eau - Interprètes : Jehan et Caroline Allonzo
Paroles : Allain Leprest

enregistré au Connétable à Paris - 2013 - 




           Allain Leprest,             Jehan,                  Loïc Lantoine


Une dernière, pour la route ?

 Je t'aime





Photo : Bettmann

Vladimir Vysotsky - La fin du bal
Paroles et musique : Vladimir vystosky - texte français de Maxime Le Forestier


Vladimir Vissotski, acteur et chanteur, la voix de l'URSS contestataire sous Brejnev,
mort en 1980 à 42 ans.

".../...
 Pourquoi, je voudrais savoir pourquoi pourquoi
 Elle vient trop tôt la fin du bal
 C'est les oiseaux jamais les balles
 Qu'on arrête en plein vol

 Comme ces disputes commencées le soir
 Faute à la nuit faute à l'alcool
 Et dont il ne restera rien plus tard
 Que quelques mégots sur le sol

 Il aurait tant voulu frapper pourtant
 Faute au couteau faute à la peur
 Il n'aura fait aucun combat au sang
 Juste le temps d'un peu de sueur .../..."

 La fin du bal

 Texte de la fin du bal

 
Version russe : Владимир Высоцкий - ПРЕРВАННЫЙ ПОЛЕТ
La fin du bal Version russe

Comment désigner cet individu que je croise tant de fois, caché derrière différents masques, et qui, infatigable, déterminé et jamais essoufflé, me court sur le haricot ? Merci, Éric Chevillard, d'avoir trouvé les mots...

Photo : Patrick Box


Chansons au père

Je pensais qu'il en avait fini avec mon éducation. Mais mon père veut encore m'apprendre ce que sont la fatigue, le courage et la mort, trois notions, je m'en avise, qui demeuraient pour moi un peu floues, et qui soudain, en effet, se précisent. 
Éric Chevillard - L'autofictif père et fils

Ce sont des chansons sur le thème du père en allé... écrites par des fils qui ne mâchent pas leur plume. Ni leur âme.


Maxime Le Forestier
Une bille de verre (Le Forestier / Michel Rivard)
 Une bille de verre


Bernard Joyet

 La maladie


Loïc Lantoine

 Cosmonaute


Yves Jamait

 Vierzon


Sarclo

 Mon papa


Texte des chansons : Un père passe et manque






Unique photo vers 1880

Jean-Roger Caussimon

Bordel à cul charrette à bras 
Paroles : Jean-Roger Caussimon / Musique : Francis Livron


 Bordel à cul.mp3
 Bordel à cul charrette à bras.pdf

Et bien sûr... 

Comme à Ostende (Caussimon/Ferré)







Nous deux (Caussimon/Ferré)







Photo : Bob Adelman



Jacques Bonnaffé


Jacques Bonnaffé dans "Ainsi soient-ils" série diffusée sur Arte

Ainsi soient-ils


Interview de Jacques Bonnaffé - L'Express octobre 2014
Bonnaffé Ainsi-soient-ils

L'oral et hardi
Spectacle sur des textes de Jean-Pierre Verrhegen

Voir les dates sur : Compagnie-faisan




Commander le livre-disque du spectacle :


Caminoverde.com

Jacques Bonnaffé aux annuelles du Père Tienne
La Cave du Père Tienne : 
Vins Mâcon en Bourgogne du sud

Cave du père Tienne




Épitaphe de François Rabelais par Pierre de Ronsard
Texte dit par Jacques Bonnaffé

Si d'un mort qui pourri repose
Nature engendre quelque chose,
Et si la generation
Se fait de la corruption,
Une vigne prendra naissance
De l'estomac et de la pance
Du bon Rabelais, qui boivoit
Tousjours ce pendant qu'il vivoit...


 Epitaphe de Francois Rabelais

Master class de Jacques Bonnaffé
au Conservatoire d'Avignon

La place de la voix dans le texte...






Le site de Jacques Bonnaffé

Photo Ouest-France
 




"Hirondelles de saucisson" de François Rollin

Un spectacle découvert il y a 25 ans au café-théâtre Le Sarrault à Dakar. Magique !... L'ami Rollin m'accompagna sur deux spectacles, "Mots et usage de mots" créé le 13 avril 1999 au Théâtre du Tourtour et "Sur le fil dérisoire" créé le 2 octobre 2003 à la Scène Nationale de Meylan. C'est un homme charmant, intelligent, drôle et attentionné. Et un auteur brillant.






Jerry Lewis, the Opera singer
25 janvier 1953 - The Colgate Comedy Hour (50-55)
Chanson "Be my love" du film "The Toast of New Orleans" (1950 - Norman Taurog),
chanté par Mario Lanza





 Be my love


Martin & Lewis
Every street's a boulevard in old New York
Musique : Jule Styne ; Paroles : Bob Hilliard (de la comédie musicale Hazel Flagg)

Extrait de "The Colgate Comedy Hour" (clip 3 of 19)




 Every street's a boulevard

Le grand Jerry Lewis des années soixante...
Extrait de The Errand boy (1961)

Musique : Blues in Hoss Flat by the Count Basie Orchestra.




Descente d'escalier
Extrait de Cinderfella (1960)

Musique : Ballroom scene par Count Basie Orchestra.




Danseur débutant...
Jerry et Patti Lewis dans "Flapper party"
Extrait de "Bonjour Mr. Lewis", émission de
Robert Benayoun





Bonjour Mr Lewis...
Émission de Robert Benayoun - 1982 pour Antenne 2



Part 1


Part 2


Part 3


Part 4

Dessin de Pierre Etaix




Louis Jouvet

- Tu m'aimes ?
- Puisque tu m'plais !


Extrait du film Hôtel du Nord, Louis Jouvet et Annabella - 1938 -

Dialogues Henri Jeanson

 Texte dialogue

Louis Jouvet ou la noblesse du comédien
Film de Claude-Jean Philippe, Antenne 2 - Pathé Cinéma - 1987





L'école des femmes de Molière

Enregistrement audio public au Colonial Theatre de Boston, aux États-Unis, le 16 mars 1951 par Louis Jouvet et sa compagnie. 

Elvire Jouvet 40



Elvire Jouvet 40 - Film de Benoît Jacquot - 1987 d'après sept leçons données par Louis Jouvet au Conservatoire de février à septembre 1940 à une élève de troisième année, sur la scène des adieux d'Elvire à Don Juan - Avec Philippe Clévenot, Maria de Medeiros
 





Photo : Jean-François Bauret

Discours de Charlie Chaplin dans "Le dictateur"
Extrait du film The Great Dictator de Charlie Chaplin - 1940 -




Lire le discours :
Discours-Chaplin-Dictateur.pdf





Bref, l'amour passe.
Vialatte.pdf

Fred Astaire

Après avoir joué à Broadway 260 représentations de la revue The Band Wagon, puis 248 représentations de la comédie musicale The Gay Divorcee écrite par Cole Porter, Frederick Austerlitz, alias Fred Astaire, intéressé par le cinéma, se présente aux studios RKO en janvier 1933 pour faire un bout d'essai, à la suite duquel un anonyme du studio rédige ce mémo :
« Can't act. Slightly bald. Also dances. »
Ce qui donne en français : « Ne sait pas jouer la comédie. Un peu chauve. Danse aussi. » J'aime beaucoup : "Also dances" ! Appelons ça du discernement...

Dancing in the dark
Cyd Charisse et Fred Astaire

Extrait de The Band Wagon de Vincente Minnelli - 1953 (Titre français : Tous en scène). Musique de Arthur Schwartz pour la revue de 1931, orchestrée pour le film par Conrad Salinger. Chorégraphie de Mickael Kidd.





Et l'analyse plutôt fine (voire pointue) de Annick Fiolet sur Artcinema.org :


 Dancing in the dark

Night and Day
Ginger Rogers et Fred Astaire
Musique de Cole Porter. 
Chorégraphe : Dave Gould et Hermes Pan.
Extrait de The Gay Divorcee de Mark Sandrich (1934)




 
Night And Day - Oscar Peterson
Montréal 1951 Oscar Peterson (p), Austin Roberts (b)

Night And Day - Frank Sinatra

Los Angeles 26 novembre 1956 - Nelson Riddle and his orchestra

Photo : Bob Landry - Top hat - 1935





Tristan Bernard par Sacha Guitry - 1949

Louis de Funès "Le grand restaurant"

Extrait de "Le grand restaurant", film de Jacques Besnard - 1966 - avec Louis de Funès, Bernard Blier, Pierre Tornade, Paul Préboist, Roger Caccia, Jean Ozenne, Maurice Risch, Guy Grosso, Michel Modo, Jacques Dynam, Jean Droze, Venantino Venantini, Maria-Rosa Rodriguez.






Portrait par Claude Bils

Bernard Musson, l'inconnu notoire

 

"Un cul, t'aurais dit la baie de Naples !" 


Réplique de Henri Jeanson dite par Bernard Musson dans "La vache et le prisonnier", hélas coupée au montage...

 


 


Bernard Musson
 nous a quitté le 29 octobre 2010. Voici le texte lu dans l'émission Le Fou du Roi, sur France-Inter, le 5 novembre 2010 :

Dans la famille “Acteurs”, il y a les premiers rôles, les stars, les vedettes, comme on disait au siècle dernier, les acteurs bankables comme on dit aujourd’hui, bref, les Bébel, quoi ! Les Bébel ont leur nom tout seul, au-dessus du titre... Et puis il y a la ribambelle des autres, appelons-les les Bébert, ceux qui logent à l’autre bout du générique, à la fin du film. Quand leur nom passe sur l’écran, tout le monde a déjà quitté la salle. Ce sont les emplois de second, de troisième, de quinzième plan. Voilà, il y a les Bébel et les Bébert... Que Bébel me pardonne, je vais faire un petit clin d’œil aux Bébert. J’en connais un. Il s’appelle Bernard Musson. .../...

 Bernard Musson : l'nconnu notoire

 Bernard Musson



 
Le métier de Monsieur Musson

Portrait par Etienne Colson (La lettre des comédiens, n° 20 mai-juin 1999)

Portrait Bernard Musson

Hommage de Frédéric Dard à Bernard Musson extrait de "Les deux oreilles et la queue", San-Antonio n° 117 Éditions Fleuve Noir - 1984
J’ai un ami comédien, ça fait une paie que je ne l’ai vu. Musson, il s’appelle. Un grand à mine compassée. Il joue ce qu’on appelle les petits emplois, mais il travaille comme un fou ; tu l’aperçois dans tous les films. Tu sais pas fatalement son nom, mais tu le connais, toute la France le connaît.

 Hommage de Frédéric Dard

Sur un plateau
Les mémoires de Bernard Musson :

 Sur un plateau

Le dernier autographe de Bernard :
Dernier-autographe....pdf





Maître Folace - Les tontons flingueurs - 1963


Le lombric
Texte de Norge extrait de "Le vin profond" - Flammarion - 1968


Il y a déjà de l’homme en toi, brave petit lombric de toujours.
Tu n’as pas encore d’yeux et tu n’es guère large d’épaules, mais j’en connais,
Petit rampant, j’en connais qui ont commencé comme toi et qui volent maintenant de fleur en fleur.
Ils se sont débattus follement avant de gagner cette forme aérienne.
Et voici que, narguant toute espérance, après cette reptation dégoûtante, après cette gésine macabre,
Ils portent des robes couleur de songe et leurs ailes font envie aux fleurs et aux siècles.
Ils ne s’appuient que sur l’espace pour s’enivrer de laits suaves.
Et parmi les rayons, ils dansent leur vie amoureuse comme savent le faire l’aurore et les pollens.
Toi, jeune ami, on dirait que tu as encore quelque chose de plus ; je sens que tu es fait pour dépasser ce destin parfumé.
Tu es vraiment tout vulnérable et tout humide, tout sensible et tout flasque, ainsi que le petit de l’homme.
Tu trembles, tu te tortilles sur un monde épineux. Haut les coeurs, tu as les mêmes convulsions que moi.
Tandis que le poussin stupide est tout de suite aguerri à son fumier et se tient droit et gracieux sur la bouse, avec l’impertinence de l’idiot,
Toi, tu n’as même pas de regard, et comme le nourrisson tu es mal dans ta peau, tu grimaces.
Mais patience, affreux petit drôle à la tête visqueuse. Ton sang charrie l’esprit d’aventure et tu es un garçon d’avenir.
Nous deux, mon cher lombric, nous avons perdu la vieille magie d’innocence ; nous nous débattons.
Plus moyen de marcher candidement dans notre galaxie ! Nous savons qu’il n’y a rien à savoir et nous avons rage de savoir.
Mais dors encore, mon petit besson glabre, prends des forces. dors six cent mille ans sur ton côté droit, puis six cent mille ans sur ton côté gauche. tu vas devenir quelqu’un. .../...


 Le lombric Norge





Professeur Choron (Sipa)

Philippe Avron
Homme. Homme.

Texte de Montaigne extrait du dernier spectacle de Philippe Avron
Montaigne, Shakespeare, mon père et moi ! (Avignon juillet 2010)


Homme. Homme.

Je voudrais bien que tu me fasses entendre par l’effort de ton discours sur quel fondement tu as bâti ce grand avantage que tu penses avoir sur les autres créatures vivantes. Je voudrais bien que tu me fasses entendre pourquoi, nous, tes confrères, tes compagnons, tu nous appelles bêtes. Toi ! La plus calamiteuse des créatures vivantes…

 Homme Montaigne

                Hommage de Jacques Téphany

Le site des amis de Philippe Avron

Photo François Caspar





Chanson courte de Wally
Photo : Arno Osoba

Pierre Michon : de la langue française comme vous n'en lirez que rarement...
Extrait de « Les onze » de Pierre Michon, éditions Gallimard (Folio n° 5193)

« Je vous prie Monsieur, d'arrêter votre attention sur ceci : que savoir le latin quand on est Monseigneur le Dauphin de la Maison de France et le fils de Corentin la Marche, ne sont pas une seule et même chose ; ce sont même deux choses diamétralement opposées : car quand l'un, le dauphin, lit à chaque page, à chaque désinence, à chaque hémistiche, une glorieuse ratification de ce qui est et doit être, dont il fait lui-même partie, et que levant les yeux par ailleurs entre deux hémistiches, il voit par la fenêtre des Tuileries le grand jet d'eau du grand bassin et derrière le grand bassin sur les chevaux de Marly la Renommée avec sa trompette, l'autre, François Corentin, qui relève la tête vers des futailles et de la terre de cave gorgée de vin, l'autre voit dans ces mêmes désinences, ces mêmes phrases qui coulent toutes seules et trompettent, à la fois le triomphe magistral de ce qui est, et la négation de lui-même, qui n'est pas ; il y voit que ce qui est, même et surtout si ce qui est paraît beau, l'écrase comme du talon on écrase une taupe. »

à propos d'un portrait de Samuel Beckett
Extrait de « Corps du roi » aux éditions Verdier - 2002
Voir la photo portrait de Lüfti Özkök (1961) ci-dessous


 « L’année 1961. Plutôt l’automne ou le début de l’hiver. Samuel Beckett est assis. Il y a dix ans qu’il est roi -un peu moins ou un peu plus de dix ans: huit ans pour la première de Godot, onze ans pour la publication massive de grands romans par Jérôme Lindon. Rien n’existe en France pour lui faire pièce ou lui disputer ce trône sur quoi il est assis. Le roi, on le sait, a deux corps: un corps éternel, dynastique, que le texte intronise et sacre, et qu’on appelle arbitrairement Shakespeare, Joyce, Beckett, ou Bruno, Dante, Vico, Joyce, Beckett, mais qui est le même corps immortel vêtu de défroques provisoires; et il a un autre corps mortel, fonctionnel, relatif, la défroque, qui va à la charogne, qui s’appelle et s’appelle seulement Dante et porte un petit bonnet sur un nez camus, seulement Joyce et alors il a des bagues et l’œil myope, ahuri, seulement Shakespeare et c’est un bon gros rentier à fraise élisabéthaine. .../...

Photo de Jean-Luc Bertini

Lire la suite 
Texte Michon sur Beckett


Interviews-Pierre-Michon.pdf

Éditions Verdier.fr/Pierre Michon




Extrait de l'article "Lubitsch était un prince" Cahiers du Cinéma n° 198 - février 1968
(voir citation de Billy Wilder)

Photo : Pierre Zucca - 1968 - Promotio de Baisers volés

Samuel Beckett : Putain de conasse de merde de chiaison

Extrait de Molloy de Samuel Beckett - 1951

Elle avait un perroquet, très joli, toutes les couleurs les plus appréciées. Je le comprenais mieux que sa maîtresse. Je ne veux pas dire que je le comprenais mieux qu’elle ne le comprenait, je veux dire que je le comprenais mieux que je ne la comprenais elle. Il disait de temps en temps, Putain de conasse de merde de chiaison. Il avait dû appartenir à une personne française avant d’appartenir à Lousse. Les animaux changent souvent de propriétaire. Il ne disait pas grand’chose d’autre. Si, il disait aussi, Fuck ! Ce n’était pourtant pas une personne française qui lui avait appris à dire, Fuck ! Peut-être qu’il l’avait trouvé tout seul, ça ne m’étonnerait pas. Lousse essayait de lui faire dire, Pretty Polly ! Je crois que c’était trop tard. Il écoutait, la tête de côté, réfléchissait, puis disait, Putain de conasse de merde de chiaison. On voyait qu’il faisait un effort.
 

Lettre de Samuel Beckett à Thomas McGreevy, 18 oct 1932
Mon cher Tom 

Savoir que tu aimes mon poème me fait chaud au cœur. Sincèrement mon impression était qu’il ne valait pas grand-chose car il ne représentait pas une nécessité. Je veux dire que d’une certaine façon il était « facultatif » et que je ne m’en serais pas plus mal porté si je ne l’avais pas écrit. Est-là une façon très insipide de parler de la poésie ? Quoi qu’il en soit je trouve qu’il est impossible d’abandonner cette vision des choses. Sincèrement à nouveau mon sentiment est, de plus en plus, que la plus grande partie de ma poésie, bien qu’elle puisse être raisonnablement heureuse dans son choix des termes, échoue précisément parce qu’elle est facultative. .../...


Lire la suite : 

Lettre-Beckett-18 oct 32

Photo de Lüfti Özkök - 1961




Je voudrais pas crever
Texte écrit en 1952, Boris Vian extrait de "Je voudrais pas crever" - Jean-Jacques Pauvert - 1962

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles .../...


 Je voudrais pas crever

Trois interprétations différentes :

Pierre Brasseur

Jacques Canetti Disques - 1965

JL Trintignant et Daniel Mille
Extrait de l'album "L'Attente" de Daniel Mille - 2009 - Accordéon : Daniel Mille, piano : Éric Legnini

Bernard Lavilliers

L'Olympia Live - 1984



Photo : Archives cohérie Boris Vian



Le reporter
extrait de Pylône de William Faulkner - 1935

Il recula, arracha la casquette qui lui cachait la figure et découvrit alors pourquoi l’enfant s’était arrêté : ainsi que les hommes avec leur outils inactifs, leurs câbles de sûreté et leurs pièces de moteurs, il était en train de ragarder quelque chose qui semblait s’être furtivement évadé du placard d’un médecin, et, après avoir resquillé au passage des nippes de quelque patient anesthésié dans une salle d’hôpital, s’être réfugié dans le monde des vivants. Jiggs aperçut à son tour une créature qui, debout, aurait mesuré plus de six pieds de haut, et qui pouvait peser aux environs de quarante kilos, dans un costume sans âge ni couleur, qu’on eût dit tissé d’air et imperméabilisé, comme une aile d’avion, par l’indélébile excrétion de tous les contacts distincts avec ce monde éphémère, flottant, léger et désinvolte, autour d’une carcasse squelettique, comme si le costume et son porteur eussent été suspendus tous deux à une corde à linge mal tendue ; un être à l’air penaud, véhément et pataud d’un chiot setter de six mois bien racé, accroupi en face de l’enfant, les mains en l’air, lui aussi, dans une posture beaucoup plus grotesque que celle de Jiggs, parce que, manifestement, elle ne visait pas à l’être.

Photo : Carl Mydans - 1962




Faisons les contes...

Antoine Blondin


 Photo de Gaston Bergerat

Le soir du 24 décembre 1950 il faisait froid à Nazareth...

Il y a quelques années, dans la nuit du 24 au 25 décembre, un charpentier nommé Joseph faisait nerveusement les cent pas devant la porte d’une modeste crèche de la banlieue de Jérusalem. A cette heure avancée, le bourg de Bethléem semblait rendu au désert et le vent chargé de sable, qui décoiffait les oliviers sur les collines environnantes, s’acharnait contre le mince vêtement de ce veilleur solitaire...

 Conte Blondin

Alphonse Allais

 Caricature de Sacha Guitry - 1908

Posthume
Le parapluie de l'escouade (1893) - Œuvres anthumes - Robert Laffont Bouquins - 1989

 
J’allais régulièrement tous les soirs, à cette époque, dans un petit café de la rue de Rennes, où je rencontrais une dizaine de camarades, étudiants ou artistes. Parmi ces derniers, un grand jeune garçon, sculpteur, très doux, même un peu naïf. On l’appelait, je n’ai jamais su pourquoi, le Raffineur.
Au bal Tonnelier, le Raffineur, un soir, leva une toute jeune fillette très pâle, dont les grands yeux bruns jetaient parfois d’inquiétantes flambées. Il s’y attacha beaucoup et, dès lors, ne la quitta plus.
Elle s’appelait Lucie.
On ajouta de Lammermoor, qu’un loustic de la bande transforma en la mère Moreau. Le nom lui resta.


 
Posthume - Alphonse Allais
Samuel Beckett

 Photo : Jean-Jacques Mayoux Éditions de Minuit - 1982
 
Les pierres à sucer
Extrait de Molloy - Editions de Minuit - 1951

Je profitai de ce séjour pour m'approvisionner en pierres à sucer. C'étaient des cailloux mais moi j'appelle ça des pierres. Oui, cette fois-ci, j'en fis une réserve importante. Je les distribuai avec équité entre mes quatre poches et je les suçais à tour de rôle. Cela posait un problème que je résolus d'abord de la façon suivante. J'avais mettons seize pierres, dont quatre dans chacune de mes quatre poches qui étaient les deux poches de mon pantalon et les deux poches de mon manteau. Prenant une pierre dans la poche droite de mon manteau, et la mettant dans ma bouche, je la remplaçais dans la poche droite de mon manteau par une pierre de la poche droite de mon pantalon, que je remplaçais par une pierre de la poche gauche de mon pantalon, que je remplaçais par une pierre de la poche gauche de mon manteau, que je remplaçais par la pierre qui était dans ma bouche, dès que j'avais fini de la sucer...
 
Xavier Forneret

 Portrait dessiné par Souzouki, pour la revue Bizarre de J.J. Pauvert (1956)

Le diamant de l'herbe (1859)

Selon, je crois, des dires, le ver luisant annonce par son apparition plus ou moins lumineuse, plus ou moins renouvelée, plus ou moins près de certain endroit, plus ou moins multipliée, car, toujours selon les dires, il se meut sous l’influence de ce qui doit advenir, le ver luisant présage ou une tempête sur mer, ou une révolution sur terre : alors, il est sombre, se rallume et s’éteint ; puis un miracle : alors on le voit à peine ; puis un meurtre : il est rougeâtre ; puis de la neige : ses pattes deviennent noires ; du froid : il est d’un vif éclat sans cesse ; de la pluie : il change de place ; des fêtes publiques : il frémit dans l’herbe et s’épanche en innombrables petits jets de lumière ; de la grêle : il se remue par saccades ; du vent : il semble s’enfoncer en terre ; un beau ciel pour le lendemain : il est bleu ; une belle nuit : il étoile l’herbe à peu près comme pour les fêtes publiques, seulement, il ne frémit pas. Pour une enfant qui naît, le ver est blanc ; enfin, à l’heure où s’accomplit une étrange destinée, le ver luisant est jaune. Je ne sais jusqu’à quel point ces dires doivent être crus ; mais voici : — je raconte...

 Le diamant de l'herbe de Xavier Forneret

Erri de Luca

 Photo de Armand Borlant 2010

Aide
Tiré de Le contraire de un - Éditions Gallimard - 2003

« Vous avez besoin d’aide ?
- De quelqu’un qui me tue. »
À cette réponse, je m’arrête. Elle est plus accroupie qu’assise par terre sur le bord du sentier. Sa positon contractée, comme si elle souffrait de l’estomac, a tiré de moi l’offre d’une aide. Et puis en montagne ça se fait. Et puis elle est attirante, mais ça je l’ai vu à sa réponse quand elle lève vers moi un visage de mariée laissée sur l’autel. Je m’arrête, mon sac à dos léger d’une journée en balade sur les sommets sans corde ni ferraille d’escalade ne pèse pas lourd. Je ne m’approche pas encore, je me retourne et je répète : «  De quelqu’un qui vous tue. De quelqu’un qui vous aime, c’est pareil ? » Une femme qui répond drôle et amère a besoin d’un impudent.
« Non, de quelqu’un qui me tue. Un assassin ça se trouve, un homme non. » Cela s’adresse au genre masculin et à moi qui suis le seul dans les parages. « Je suis un assassin. J’ai avec moi un bon couteau, si vous voulez nous nous mettons dans un coin et je vous égorge. »...

 Aide Erri de Luca


Roland Dubillard

 Roland Dubillard dans "Les compagnons de la marguerite", film de Jean-Pierre Mocky - 1966 -

La fable du fabuliste incertain
Tiré de Les nouveaux diablogues - Éditions L'arbalète - 1998

Je crois que je vais réciter une fable. Ce sera la fable d'un homme que j'ai connu. D'un homme, comment dire, oui, d'un homme mais distingué. Je veux dire que quelque chose le distinguait des hommes ordinaires. Cette chose c'était sa main gauche. Elle sortait trop de l'ordinaire pour qu'il la sortît volontiers de sa poche, cet homme, sa main. Il en avait honte. Elle était en bois. Ce n'est pas que le bois en lui même lui parût une chose honteuse, à cet homme. Non, même une main en bois qu'il eût trouvée par hasard, il l'aurait serrée volontiers. Que cette main en bois lui appartînt à lui n'était pas non plus ce qui le rendait honteux. Non: il y a des hontes qui ne se raisonnent pas. On pourrait croire que ma fable s'arrête là, avec cette morale déjà forte. Pourtant, je continue, vous allez voir. .../...

 
 La fable du fabuliste incertain

Anton Tchekhov



Une petite plaisanterie
Nouvelle parue en 1886 dans la revue russe Le Grillon, signé "L'homme sans rate"

Claire après-midi d'hiver... Gelée qui craque... Le givre argente les boucles des tempes et le duvet de la lèvre supérieure de Nadienka, qui me donne le bras.
Nous sommes tout au sommet d'une longue pente. de nos pieds jusqu'à terre se déroule la surface inclinée sur laquelle le soleil se reflète comme dans un miroir. À côté de nous sont des petits traîneaux recouverts de drap rouge vig.
- Venez glisser, Nadejda Petrovna !, supplié-je. Une seule fois ! Je vous assure que nous ne risquons rien. .../...

 
une-petite-plaisanterie.pdf





Photo : Napoléon Sarony - 1833

Faisons les contre...

Contre la foot
À mort le foot - 16 juin 1986 - Chroniques de la haine ordinaire - Pierre Desproges

 
Photo : Isabelle Alexandre / AFP Théâtre Fontaine 1984

Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied.
Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.
Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. 
.../...
 À mort le foot

Contre le printemps de Bourges
Discours de présentation du pritemps de Bourges - Février 1987  - Pierre Desproges
Monsieur le conseiller général du Cher, Monsieur le maire communiste de Bourges (comment peut-on ?) (1), Monsieur le président du conseil régional de la région Centre, Messieurs les politicards de droite et de gauche, Mesdames et Messieurs les professionnels honnêtes ou véreux du spectacle, Camarades artistes, vedettes ou ringards. Cher Daniel Colling, qui avez su faire du Printemps de Bourges ce qu'il est aujourd'hui, je veux dire un authentique et véritable bordel. A tous les amis de la musique de nègres et de la culture sous chapiteau, bonsoir ! .../...
 Discours Desproges Printemps de Bourges

Contre le Québec  
Vive le Québec libre - Un texte de Raymond Cousse aux Éditions Rupture - 1983

 Photo : Sophie Bassouls / Corbis 1982 

À première vue, le Québécois ne diffère en rien de l'humain ordinaire. Dans la plupart des cas, il s'agit d'un bipède doté d'un corps, de deux bras, de deux jambes, d'une tête également, toutes caractéristiques le rattachant tant bien que mal au règne des vertébrés. J'aurais pu séjourner là‑bas de longues années en m'en tenant à ces apparences trompeuses. D'autres que moi s'y sont laissé prendre, poussant l'inconscience jusqu'à se faire naturaliser, par désespoir sans doute. Tels sont les aléas de la liberté auxquels, en démocrate conséquent, je ne trouve rien à redire. 
Le jargon local, en dépit du pestilentiel accent, d'une vulgarité révoltante pour tout Français épris de sa langue, ne saurait à soi seul retrancher le Québec de l'espèce humaine. Ce sont, il est vrai, d'infinies singeries dialectales, mais elles n'en gardent pas moins, hélas ! un lointain rapport avec la langue d’origine. .../...
  Vive le Québec libre !

Contre Alexandre Jardin 
Le tombeau d'Alexandre Jardin - Un texte d'Éric Chevillard tiré de la revue Hesperis n° 6 - Automne 2000

 Photo : Olivier Roller - 2005
 
.../... Avant d'entrer dans le lard du sujet, un mot sur le titre de cet hommage. Il semblera peut-être prématuré d'édifier un Tombeau pour ce garçon toujours jeune, d'une santé insolente, et dont la main agile, nous l'espérons, taquinera longtemps encore l'adolescente, sa muse. Mon intention n'est évidemment pas de l'enterrer vivant, bien au contraire. Est-ce à dire que je m'apprête à déterrer un cadavre ? Une chose est sûre : lorsque l'idée m'est venue de graver cet éloge, j'ai naturellement pensé au plus précieux des supports, le marbre. Ce Tombeau, devenues vieilles enfin, les lectrices de l'écrivain se chargeront de l'entretenir (tandis que tous mes lecteurs seront morts avant moi). .../...
 Le tombeau d'Alexandre Jardin

Contre David Foenkinos 
.../... Les Souvenirs, de David Foenkinos, n'est pas un mauvais livre, c'est un livre inutile. Il relève d'un genre que j'appellerai le "roman de vérification". Le lecteur y vient vérifier que tout est conforme, que le réel est vrai, que la dynamique de l'époque produit des destins en série et que nous -sommes bien tous pareils, allez. Est-ce que la littérature ne commence pas pourtant quand la langue, d'abord, puis le refus de se laisser réduire aux conditions qui nous sont faites transforment ce matériau élémentaire de la vie commune en expérience de conscience originale ? …/…
 Critique Foenkinos

Contre Éric Chevillard 
Démollir Chevillard - Un texte de Frédéric Beigbeder, Le Figaro, février 2011

 Photo : Murielle Cransac

Eric Chevillard a commencé par publier des petits romans absurdes, fascinants comme des jouets cassés, rafistolés avec du scotch, prétextes à faire des phrases à la Beckett ou Ionesco : Mourir m'enrhume (1987), Le Caoutchouc, décidément (1992), La Nébuleuse du crabe (1993). C'était il y a vingt ans, déjà... Chevillard aurait pu évoluer, passer à autre chose. Mais non : il est comme ces grands garçons qui continuent de jouer avec leurs vieilles voiturettes Matchbox, vêtus du même pyjama Snoopy dans leur chambre d'enfant, alors que leur mère soupire : «Chéri, ta purée Mousseline est prête... Dis, tu ne crois pas que tu devrais te trouver une jolie fiancée qui s'occuperait de toi ?» Chevillard produit de la littérature « suédée » comme les films bricolos de Gondry ou Jeunet. .../...
 
Démollir Chevillard

Contre Godard ou contre Truffaut
Échange de lettres entre Godard et Truffaut en mai-juin 1973

.../... Je me contrefous de ce que tu penses de La nuit américaine, ce que je trouve lamentable de ta part, c’est d’aller, encore aujourd’hui, voir des films comme celui-là, des films dont tu connais d’avance le contenu qui ne correspond ni à ton idée du cinéma ni à ton idée de la vie. Est-ce que Jean-Edern Hallier écrirait à Daninos pour lui dire qu’il n’est pas d’accord avec son dernier livre ?! Tu as changé ta vie, ton cerveau, et, quand même, tu continues à perdre des heures au cinéma à t’esquinter les yeux. Pourquoi ? Pour trouver de quoi alimenter ton mépris pour nous tous, pour te renforcer dans tes nouvelles certitudes ?! .../...
 Rupture Godard Truffaut

Contre les comiques 
Et contre les portes ouvertes...
Claquer des portes - Libération, 31 juillet 2012, un texte d'André Wilms
 
 Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama

.../... J’aimerais aussi claquer la porte à tous les comiques. La terreur des comiques : je ne les supporte plus. A l’exception bien sûr de Buster Keaton et Chaplin. Ce que j’abhorre, c’est l’esprit de dérision, ce rire obligatoire, le comique radiophonique et télévisuel, ce qu’on peut résumer par "l’esprit Canal". C’est une plaie. Je n’aime pas les comiques, donc. Mais je claque la porte aussi sur nos grandes stars dont de braves orques sont obligées de bouffer les guiboles. Et aussi sur les nègres qui poussent les fauteuils des handicapés - lesquels, en échange, leur expliquent l’art contemporain, car il est trop bête pour comprendre tout seul, le nègre. Je claque la porte à ce genre de cinéma français, lequel me la claque aussi, et fortement. Je ne compte pas améliorer mon sort par mes propos. .../...
 Claquer-des-portes André Wilms

Contre la famille
Gare aux familles - Une chronique de Marcela Iacub, Libération 3 mai 2013

 Photo : David Balicki

Aux yeux des partisans du mariage pour tous, la loi qui vient d’être votée va dans le sens de l’égalité. Dorénavant, tout un chacun pourra dire «oui» devant le maire même si son partenaire n’est pas du sexe opposé. Bientôt, ce sera aussi la filiation pour tous. On aura le droit de faire des enfants qui seront rattachés à deux pères ou à deux mères. En bref, ce sera la famille pour tous. Chaque individu aura le droit de fonder une vraie famille égale à celle des autres.
Pourtant, cette manière de voir les choses prend le mot égalité au sens très étriqué, mesquin, voire fourbe. On sait en effet à quel point la famille est source d’inégalités sociales. D’abord entre les hommes et les femmes. Celles-ci portent encore la plus grande part du poids de la reproduction, pratique mais aussi culturelle et psychique. La subjectivité féminine est construite en fonction de cette charge, de cette position au regard des hommes et des enfants, depuis qu’elles sont des petites filles et jusqu’à leur mort. Les enfants non plus ne naissent pas égaux. On sait sans être devin que notre destin aura la marque de la famille où nous sommes nés. .../...

 Chroniques Marcela Iacub Libération

Contre
Un texte d'Henri Michaux dans "La nuit remue" - Gallimard - 1935

 Michaux par Brassaï - 1943-1945

Je vous construirai une ville avec des loques, moi.
Je vous construirai sans plan et sans ciment un édifice que vous ne détruirez pas
Et qu'une espèce d'évidence écumante soutiendra et gonflera,
Qui viendra vous braire au nez, et au nez gelé
De tous vos Parthénons, vos Arts Arabes et de vos Mings.
.../...
 
 
Michaux Contre

Contre les gens
Faiblement dit - Un texte de Louis Aragon dans "La Grande Gaîté" - Gallimard - 1929

 Portrait de Louis Aragon par Man Ray (1925)

Je n'aime pas les gens qui crachent dans la soupe
Je n'aime pas les gens qu'un rien fait parler
Ou sourire
Je n'aime pas les gens qui lèchent les pages des livres
Sous le prétexte de les tourner
Je n'aime pas les gens qui me demandent
Où j'ai l'intention de passer la soirée
 
Je n'aime pas les gens
.../...
 Faiblement dit Aragon

Contre Aragon
Extrait d'une lettre de René Char, datant du 7 juin 1942, à René Bertelé, jeune éditeur qui prépare une anthologie dans laquelle il compte faire figurer Aragon. Cette lettre est citée par Laurent Greilsamer, dans L'Eclair au front, Fayard 2004


 Portrait de René Char par Man Ray (1930)

Je m'étonne, oui, de la présence sur ce jeune vaisseau de l'intarissable limace mimétique Aragon. Je n'ai pas de parti pris. Je trouve malgré ses ambassades et ses chapelets Claudel presque toujours magnifique ; la verdure de Reverdy dans la simplicité nue de ses branches basses m'émeut et m'enchante ; mais Aragon, non ; celui-là abêtit et avilit tout ce qu'il touche. C'est canaille sans pittoresque, rusé et obscène, d'un jeu de mains qui trichent en gémissant. Cet arapède volant dans le ciel de soufre de la poésie est un non-sens.

Contre le cinéma 
Interview de Antoine d'Agata - Séance tenante - Libération du 6 mars 2013

 Photo Joost van den Broek 2012

Le confort musculaire et idéologique qui règne dans les salles et sur les écrans : la conjonction violente de stratégies photométriques, esthétiques, musicales, culturelles, narratives ou commerciales qui visent à faire de l'image un produit inoffensif et digeste. Je me méfie de la capacité qu'a l'image filmée, montée et montrée d'anesthésier les sens
 Interview Antoine d'Agata

Contre Jean-Jacques Rousseau
Lettre de Voltaire à D'Alembert - 17 juin 1762



L'excès de l'orgueil et de l'envie a perdu Jean-Jacques, mon illustre philosophe. Ce monstre ose parler d'éducation ! Lui qui n'a voulu élever aucun de ses fils, et qui les a mis tous aux Enfants-trouvés. Il a abandonné ses enfants et la gueuse à qui il les avait faits. Il ne lui a manqué que d'écrire contre sa gueuse, comme il a écrit contre ses amis. Je la plaindrai s'il est pendu, mais par pure humanité, car je ne le regarde personnellement que comme le chien de Diogène, ou plutôt que comme un chien descendu d'un bâtard de ce chien. Je ne sais pas s'il est abhorré à Paris comme il l'est par tous les honnêtes gens de Genève. Soyez sûr que quiconque...





Un texte de naissance...

Fœtus - de Maurice Mac-Nab

Vierzonnais d'origine, bègue, myope, fonctionnaire, réactionnaire, poète, hydropathe, incohérent, zutiste, chansonnier du Chat noir, illustrateur, spirite, possède la voix la plus rauque et la plus fausse qu'il soit possible d'imaginer : on croit entendre un phoque enrhumé.

On en voit de petits, de grands,

De semblables, de différents,

Au fond des bocaux transparents.


 
Les uns ont des figures douces ;

Venus au monde sans secousses,

Sur leur ventre ils joignent les pouces.



D'autres lèvent les yeux en l'air

Avec un regard assez fier

Pour des gens qui n'y voient pas clair !


 
D'autres enfin, fendus en tierce,

Semblent craindre qu'on ne renverse

L'océan d'alcool qui les berce.


 
Mais, que leur bouche ait un rictus,

Que leurs bras soient droits ou tordus,

Comme ils sont mignons, ces foetus...


 
Fœtus de Mac-Nab



Un texte de fin...

Épilogue

Louis Aragon - Les poètes - 1960

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse
 
Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change
 
J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre .../...


 Épilogue


Portrait d'Aragon par Matisse


Buste : Philippe Alès - Honfleur - 2010



 dessin de Bosc


Donald O'Connor
"Make 'em laugh"
Extrait de "Singing in the rain" de Stanley Donen et Gene Kelly - 1952 -




La chanson « Make 'em laugh » écrite pour Donald O’Connor par Nacio Herb Brown et Arthur Freed, est en réalité un plagiat quasi intégral de la chanson de Cole Porter « Be A Clown » interprétée 4 ans plus tôt par Gene Kelly dans le film Le Pirate, seules quelques paroles étant modifiées.

 Make 'em laugh (paroles)

Photo : Ruth Orkin






Portrait de Sacha Guitry