VINCENT ROCA
 
1er juillet

Vous juiniez ?
Eh bien, juillez maintenant !








Les cigares du Pharaon


4 juillet 2012
 
Court dialogue avec un dépanneur, ce jour, à 30kms de Paris, alors qu'à l'avant de sa dépanneuse,  je déploie un carnet sur mes genoux, pour y relever un numéro de téléphone :
- Vous faites quoi comme métier ? Commercial ?
- Comédien.
Le type se tourne vers moi, admiratif...
- Ah oui ! Super !
Il revient, un temps, à son volant et à sa route. On sent qu'il réfléchit...
Puis : 
- Vous travaillez avec des stars ?
Moi, faussement modeste :
- Non !
Le voyage reprend jusqu'à son terme, Clamart, sans autre fait marquant.
 
Mon ami Jacques Dau, à qui j'èssèmèsse cet échange me dit :
on fait un métier difficile !
Tintin au pays de l'or noir

5 juillet

Reçu de mon ami Marc Peyret (l'Imagineur de ce site) :

Cher Vincent-Raymond-Raoul,
pourquoi est-on parfois affublé de prénoms de chauffeur poids-lourd ?
Marc-André-Marcel

Ce à quoi je réponds :

Il faut croire que nous étions destinés à conduire des poids lourds... Aussi notre grâce, notre légèreté, notre imagination, nos chefs d'oeuvre,  prouvent aux yeux du monde ébahi que, tel l'homme descendant du singe, nous sommes les dignes preuves vivantes de ce grand pas dans l'évolution : l'homme descendant du camion.
Tintin et les Picaros

6 juillet

Ce matin, dans Libération, publicité pour deux livres de Jean Daniel (!), avec ce slogan en en-tête :
« L’été, le temps de la réflexion »
Pourquoi, dès l’automne on ne prend plus le temps de la réflexion ?
Intelligent l’été, con le reste du temps ?






L'étoile mystérieuse


8 juillet

Au téléphone, un costumier me demande quelques chiffres :
- Vous mesurez combien ?
- 1m71… 72…
- Votre poids ?
- 74… 75…
Tout en répondant sagement, je constate qu’une fois de plus, je ne suis pas très catégorique pour me définir. Après coup, je me dis que mon silence existentiel tient à ce centimètre ou à ce kilo d’incertitude…
- Taille de chaussures ?
- 42
- En pantalons, vous portez du combien ?
- 42
Là, je reconnais que c’est de la triche. Depuis quarante ans, mes pieds ont eu le bon goût de s’arrêter de grandir et de se fixer sur un chiffre rond. Fastoche. Quant aux pantalons, j’ai suffisamment culpabilisé, il y a quatre ou cinq ans, quand il m’a fallu admettre, dans le silence anonyme d’un isoloir d’essayage dans un grand magasin, que je devais dignement passer, par la force des choses et de ma bedaine, du 40 au 42.
Et puis la question qui tue :
- Taille de veste ?
- …
- Ah oui, je comprends, vous n’êtes pas chez vous ?
Je me sens pris en faute. Dans un sursaut d’honnêteté, je réponds :
- Euh, si, si. Attendez, je regarde.
Tout en gardant le téléphone sur l’oreille, je fouille dans ma penderie. Il y a là quelques vestes qui me suivent depuis des lustres…
- En général, c’est noté dans la manche ou vers la poche intérieure…
- Excusez-moi, je vous reprends tout de suite.
Je pose le téléphone. Je dépieute fébrilement mes pauvres vestes. Rien. Il a fallu que ça tombe sur moi... Je déniche dans un coin de poche une petite étiquette délavée sur laquelle je déchiffre péniblement un 56.
- Euh, là, j’ai 56…
- C’est une taille italienne, ça. C’est très très grand !
Moi, conciliant et bon élève :
- Non, vous avez raison, ça ne doit pas être ça.
De plus en plus gêné, je tourne et retourne mes vestes, comme je l’ai toujours fait discrètement dans mes rapports avec mes semblables (c’est quand même un comble qu’il me faille appeler « semblables » tous ces gens qui me « semblent » si différents de moi…) et finalement, commençant à trouver un peu pénible cette conversation chiffrée :
- Ecoutez, je suis désolé, mais je ne vois pas.
- Bon, il faut donc que je m’arrange avec ça ?
C'est une question...
- Euh… oui, je le crains !
- Je ne vous dérange pas plus. Merci et à bientôt.
Ouf. Fin du calvaire. Je me dis qu’il faut absolument que je fasse la liste exhaustive de mes tailles et mensurations, tour de cou, de poitrine, longueur du bras, combien à chaque œil, numéro de sécu et tutti chiffri…

Les 7 boules de cristal


9 juillet

- Je te prends un billet d'avion, mais il me faut ta date de naissance.
- 17 mai 1950

C'est étrange : plus le temps passe, plus ma date de naissance s'éloigne...
Je crois que je ne vais plus prendre l'avion.







Dessin de Fabian Zalazar


10 Juillet

Un entrefilet dans Libé ce matin : Gabriel Garciá Marquez souffre de démence sénile. Voilà. Le bonhomme qui a écrit Cent ans de solitude qui part en quenouille. Cent ans de solitude… et combien de décrépitude ?







Les 7 boules de cristal


14 juillet

Drapeau : oripeau du troupeau








Coke en stock


15 juillet

Lu dans "La Provence", à propos des Rolling Stones : "Les 50 ans du meilleur groupe de tous les temps !"
Scrupuleux journaliste qui a dû faire le tour de TOUS les groupes de TOUS les temps, avant de délivrer son verdict !
Les Rolling Stones, donc, meilleurs que le Big Bang, qui fit pourtant rouler beaucoup de pierres à l'époque, occasionnant, dit-on, une véritable explosion de l'audimat, et dont le fameux show "The Universe Tour" a laissé quelques traces indélébiles loin, très loin...
Au-delà de la voie lactée. 
Paraît-il.


Les 7 boules de cristal


16 juillet

Avignon. Festival Off.
Il y a des affiches de spectacle partout : là où il y a de la place. Pendues au travers des rues, ficelées aux poteaux, placardées sur les murs, tombées par terre, empilées dans les poubelles. On se les prend sur la gueule. On glisse dessus. On leur jette parfois un regard, parfois un reste de sandwich mayonnaise sur le coin du carton. Elles sont tordues par le soleil ou par la pluie, trouées de partout, écornées. Elles se font recouvrir, décoller, déchirer, balayer. Il y en a quelques unes de belles, beaucoup d’invisibles, une tripotée de laides, de vulgaires, de tristes. Elles ont coûté de l’argent, de la sueur. Elles sont porteuses d’espoirs. Dans onze jours elles auront disparu.
Et les spectacles ? Pareil.

Les 7 boules de cristal


18 juillet 

Avignon.
Croisé dans la rue un grand grand monsieur, comédien, P. C.
Il passe à ma hauteur puis revient sur ses pas.
Lui - Bonjour, Vincent !
Moi - Ah Salut, P. !
Lui - Je suis heureux de te croiser…
Moi - Je suis en vacances. Tu vas au boulot ?
Lui - Oui. Eh ben, bonnes vacances !
Il s’en va.
Et je passe cinq bonnes minutes à marcher dans les rues en me traitant de con, de con, de con et de con.
Voilà une espèce de petit évènement dont une chose est sûre : il ne viendrait à l’idée de personne de le faire figurer dans quelque journal que ce soit.  À part, peut-être, l’auteur de cette réplique d’anthologie adressée par un intermittent touriste à Avignon à un grand grand monisieur, comédien, qui se rend, comme tous les soirs durant le festival, au théâtre où il va jouer son spectacle : « Je suis en vacances. Tu vas au boulot ? »

Coke en stock


23 juillet

Sur la porte de la Banque BRED, au 135 de l'avenue Gambetta à Paris, sur le trottoir de laquelle passe le chaland, cette pancarte :

Je croyais que le racolage, même passif, était interdit. Il est vrai que la banque a de solides protecteurs, qui ont pognon sur rue. Et puis c'est un peu la spécialité du banquier : aguicher...

Il y a les faux-monnayeurs et les vrais, les banquiers. Les faux-culs monnayeurs...

L'île noire


29 juillet, toujours

Les suppléments "été" des quotidiens représentent le summum de la vulgarité. Ils sont le pur produit du relâchement sphinctérien caractéristique de la saison estivale dans nos contrées surdéveloppées. Ils redonnent au mot vacance son sens éthymologique : de vacant "absent ; oisif". 
Le supplément "été" du Journal Du Dimanche de ce jour est un modèle du genre ! Déjà, au départ, le Journal du Dimanche, c'est le dimanche. Son supplément "été", c'est donc vacances au carré. Vacuité du vide vacant ! Enfilons palmes, masque et tuba et plongeons, en apnée, dans l'inanité, l'inconsistance et l'insipide.

Première étape : "Plages sans frontières 3/7". Ah ! Une petite précision pour les néophytes en supplément "été" : 3/7 cela veut dire que ça fait trois semaines que ça dure et qu'il y en a encore pour quatre semaines. C’est une sorte de calvaire programmé à sept stations. Une page entière, donc, sur "soleil, drague et alcool sur la Costa del Sol...". Le supplément vient juste de commencer et déjà l'on a une furieuse envie de gober trois frisbees d'un coup et de se pendre à un fil de cerf-volant ! 
Étape suivante : "Ces cafés qui font l'histoire 3/7". Aujourd'hui, le café Gondrée de Bénouville, dans le Calvados, un sanctuaire à la mémoire des bérets verts. Sur la même page : "Sous le soleil", l'interview d'une personnalité. Cette semaine, Nadia Comaneci, ex-forçat de la poutre (eh oui !, pas de féminin au mot forçat...), nous raconte sa vie dorée aujourd'hui. Ah, dorée, on se rassure ! Il ne s'agit donc pas du sempiternel calvaire d'une Cosette roméo-roumaine de base (euh... roméo, je me comprends !) faisant du caravaning forcé dans un terrain en friche de Villleneuve d'Ascq... on est en vacances, tout de même ! Et dessous : "3 questions à" aujourd'hui Linda Hardy, comédienne, qui fut Miss France en 92. L'été est la saison de la ratatouille : quelques bérets verts bien épluchés, deux doigts bagousés de Comaneci, un vieux fond de Miss France séchée, vous faîtes revenir le tout roulé dans du papier journal, et vous laissez reposer le temps de faire un petit plongeon... 
Allez, courage ! Étape suivante : "Les tendances du marché 3/7". Aujourd'hui la sardine. Avec une photo de trois sardines rigoureusement identiques prise par Julien de Fontenay pour le JDD. Je n'ose imaginer le press-book de ce monsieur de Fontenay : côtes de boeuf, cervelles de mouton, vipères écrasées et épaules de baigneurs brûlées au troisième degré... En bas de page : les tweets de la semaine. Avec les proses calibrées et indispensables de Roselyne Bachelot et de Bruno Le Maire, et celle, énigmatique, de Franck Dubosc : "Une fois pour toute les ami(e)s on dit "humOriste" et pas "humOUriste"... L'humOriste fait de l'humour, l'humOUriste la cultive !" Mon bon Franck, que veux-tu dire ? "la" cultive, de quoi s'agit-il ??? Faute de frappe ? Faute de français ? Faute d’avoir quelque chose à dire… ?
Étape suivante : le Quiz. Pas de supplément "été" sans Quiz ! 10 questions sur Angelina Jolie et les réponses juste en dessous, mais à l'envers, bien sûr !, car il faut essayer de deviner, c'est un jeu n'est-ce pas !, 
un supplément "été" se doit d'être ludique, distrayant, délassant... Kevin !, va me chercher une glace Vanille/Fruits de la passion, mais fais attention !, tu balances du sable sur tout le monde ! Où l'on apprend, entre autres, qu'Angelina Jolie fut bisexuelle et fétichiste. Avant de connaître Brad Pitt, of course ! Maman, c'est dans ce monde-là que tu m'as fait naître ? 
On continue... "Transmission 3/7". Aujourd'hui Aurélie Filippetti, nouvelle ministre de la Culture. "Elle a hérité du passé et invente l'avenir" dit le JDD. Très honnêtement, voilà peut-être un article que j'aurais, dans un tout autre environnement, tenté de lire... mais là, non ! C'est au-dessus de mes forces ! Plus que trois pages. 
Deux chroniques en vis-à-vis : "Décrypt'Art" sur un peintre et reporter de guerre et "Made in France" sur la moutarde Maille. C'est ça les vacances : pouvoir passer des obus de 14-18 au condiment vinaigré, en passant par madame la ministre, les bérets verts et Franck Dubosc, d'un seul coup de pelle, entre deux tartinages d'ambre solaire... "Dans le viseur des lecteurs", les inévitables photos des lecteurs en vacances, "une scène insolite, un paysage extraordinaire, une situation cocasse...". De rage je vais aller porter les adjectifs insolite, extraordinaire et cocasse à la déchetterie. "Dis-moi comment tu t'appelles" où l'on vous décortique quelques prénoms, Richard, Laurent, ou Simon ("Exaucé par dieu" en hébreu, ah bigre ! Si j’avais pu m’appeler Simon, j'aurais prié pour la disparition instantanée de tous les suppléments "été" de la création et dieu m'aurait exaucé !). Et bien sûr "Ils ont nés un..." avec, pour le 29 juillet, Fabre d’Eglantine, Mussolini et Jean-Paul Huchon. L’art du supplément « été », c’est de dénicher l’info la plus inutile qui soit. On est en vacances, on n’a besoin que du futile, de l’anecdotique. Et si possible, du rigolo. Oui, je ne peux pas utiliser les adjectifs insolitecocasse ou extraordinaire, ils sont dans un sac plastique en partance pour la déchetterie. 
Allez, c'est bientôt fini : voici l'avant-dernière étape, l'inévitable page de jeux (arrgh ! j'étouffe !) avec ses mots croisés et ses mots fléchés, et pourquoi pas des mots écartelés, dépouillés, éviscérés ? Sudoku, Sumito, chocolats glacés ! 
Et la dernière étape : la météo, accompagnée, c’est le coup de grâce, d'une citation de Van Gogh extraite d'une des 652 lettres envoyées à son frère Théo (oui, oui, c'est bien précisé, 652, c'est de la culture, ça madame ! Vous imaginez, ce soir, au barbecue ? Une merguez dans une main, un verre de Sancerre bien frais dans l'autre, torse nu, tongs et bermuda : "652 lettres qu'il a pondu le Van Gogh à son frangin ! Et l'autre qui a tout gardé. Et on veut nous faire croire qu'il n'était pas connu le Vincent ? Qu'il avait pas un radis ?"). Van Gogh dans le supplément « été » du Journal du dimanche, aux côtés de Franck Dubosc !!! Voilà. Nous sommes arrivés au point culminant du mont Konnerie, il n’y a plus d’oxygène, l’odeur est insupportable, les immondices ont tout envahi, je meurs, adieu mes amis, ah non, pardon, je profite de mon dernier souffle pour vous signaler les solutions des jeux, le loto, le Keno, et l’ours du JDD en vacances lui aussi, sans oublier le dessin humoristique sur les jeux olympiques, deux rameurs qui rament chacun dans un sens sur le même bateau, et cette  légende : « Sachez être à l’écoute de votre partenaire », tu vois, Franck, ils ont écrit humOristique et pourtant, leur dessin n'est pas drôle, tu peux m'expliquer ? 
C'était le supplément "été" du JDD, 3/7. En attendant, la semaine prochaine, le 4/7 !

Tintin au Congo


29 juillet

Publicité achetée par NRJ dans le JDD, ce matin :
"NRJ devient 1ère radio de France. Succès total sur toute la grille."
Et dessous, cette statistique :
"C'Cauet : + 73%."
Il y a donc des gens qui écoutent monsieur Sébastien Cauet et, s'il avait 100 auditeurs le trimestre dernier, il en a maintenant 173. C'est beaucoup. Ce qui me rassure, c'est, qu'ne fois de plus, je ne suis pas dans les statistiques.
Ce monsieur Cauet a commis, en 2012, c'est donc bien actuel, il ne s'agit pas d'histoire ancienne, un "one man show" intitulé "Picard for ever" dont une vidéo sur Youtube nous livre cet extrait saisissant :
« J’ai découvert quelque chose à Paris : les ascenseurs. Non, c’est vrai, je ne connaissais pas les ascenseurs. J’ai découvert notamment deux choses c’est que d’abord dans les ascenseurs, les parisiens n’ont pas d’humour du tout, et qu’ensuite quand on veut aller au 6ème étage, ça ne sert à rien d’appuyer sur les cinq touches qui sont en dessous. »
Que peut-on ajouter à cela ?
Cauet for ever...

Le lotus bleu


31 juillet

La nouvelle est tombée hier :
François Fillon s’est fracturé la cheville dans un accident de scooter en Italie.
Quelques réflexions :
1. Question scooter en Italie, n'est pas Nanni Moretti qui veut !
2. Après cinq années de premier-ministrion*, les chevilles désenflent et redeviennent fragiles, c’est normal.
3. Après cinq années de premier-ministrion*, on repasse brutalement de la Citroën C6 blindée au Kevlar avec chauffeur, au scooter. On perd ses repères, c’est normal.
4. Nous attendons la publication prochaine d’une photo de François Fillon avec ses béquilles. Et, prenons les paris, cette légende : François Fillon repart courageusement au combat pour la tête de l’UMP. Le message important sera dans le mot courageusement.

* Je sais bien que Fillon ne fut pas un histrion... l'expression "premier-ministrion" signifie : premier ministre d'un histrion.

Les bijoux de la Castafiore


31 juillet toujours

Un coup de gueule réjouissant du comédien André Wilms, sur le thème "claquer les portes", dans le supplément "été" de Libération aujourd'hui (il y a donc parfois d'agréables surprises dans ces suppléments esti-veaux !)
On y lit, entre autres, ces quelques mots :
"J'aimerais aussi claquer la porte de tous les comiques. La terreur des comiques : je ne les supporte plus. A l'exception bien sûr de Buster Keaton et Chaplin. Ce que j'abhorre, c'est l'esprit de dérision, ce rire obligatoire, le comique radiophonique et télévisuel, ce qu'on peut résumer par "l'esprit Canal". C'est une plaie. Je n'aime pas les comiques, donc."

 Claquer des portes André Wilms

Objectif Lune